Grève ouvrière : les syndicats exigent un salaire minimum de 3 000 gourdes

Le syndicaliste Dominique St-Éloi, membre de la Centrale nationale des ouvriers haïtiens (CNOHA), est intervenu sur les ondes de Magik 9, le 15 avril 2026, pour exposer les revendications des organisations syndicales concernant le salaire minimum.

Le syndicaliste Dominique St-Éloi, membre de la Centrale nationale des ouvriers haïtiens (CNOHA), est intervenu sur les ondes de Magik 9, le 15 avril 2026, pour exposer les revendications des organisations syndicales concernant le salaire minimum. Ce mouvement de protestation, enclenché depuis le 13 avril 2026, vise à contraindre le gouvernement à se prononcer sur la question de l’ajustement salarial dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie.

Au cœur des revendications figure l’augmentation du salaire minimum, que les syndicats souhaitent porter à 3 000 gourdes. Selon Dominique St-Éloi, cette demande s’explique principalement par la montée des prix des produits pétroliers, qui a des répercussions directes sur l’ensemble des dépenses quotidiennes des ménages. Il rappelle qu’un projet de rapport du CFC a été soumis à la Primature depuis avril 2025, sans qu’aucune suite concrète n’ait été donnée jusqu’à présent.

Le syndicaliste affirme avoir déjà entrepris plusieurs démarches, notamment des mouvements de protestation et des sittings, afin d’attirer l’attention des autorités. Selon M. St Eloi, les organisations syndicalistes avaient initialement réclamé un salaire minimum de 2 500 gourdes, mais face à la détérioration continue des conditions économiques, elles ont revu leurs exigences à la hausse pour atteindre 3 000 gourdes.

Le mouvement de grève observé pendant trois jours a rassemblé de nombreux ouvriers issus de différents secteurs. Ces derniers dénoncent la dégradation de leurs conditions de vie ainsi que l’inaction des autorités face à une situation socio-économique jugée de plus en plus difficile. Le salaire minimum officiel, fixé à 600 gourdes par jour depuis plus de cinq ans, est aujourd’hui considéré comme largement insuffisant pour répondre aux besoins essentiels.

Dans la réalité, les rémunérations varient selon les secteurs. « Certains ouvriers perçoivent 615 gourdes par jour, d’autres 540 gourdes, voire 350 gourdes dans certains cas. Dans les factories, les salaires peuvent atteindre 685 gourdes, tandis que les agents de sécurité gagnent environ 615 gourdes par jour », explique le syndicaliste. Aussi, les syndicats estiment que ces montants ne permettent pas aux travailleurs de faire face à leurs obligations quotidiennes.

La hausse des produits pétroliers constitue un élément central des revendications. Elle entraîne une augmentation généralisée des prix des biens et services, notamment dans les domaines du transport, du logement, de l’alimentation, de l’éducation et de la santé. Cette situation réduit considérablement le pouvoir d’achat des ménages et aggrave leur précarité.

Face au silence des autorités, « nous avons jugé nécessaire de lancer ces journées de mobilisation afin de faire pression sur le gouvernement », avance Dominique St Eloi. Il prévient que, sans réponse concrète, d’autres mouvements pourraient être organisés dans les prochains jours.

Outre l’augmentation du salaire minimum, les syndicats réclament également un accompagnement social permanent pour les travailleurs. Celui-ci inclurait des subventions dans des domaines clés tels que le logement, le transport, l’éducation et la consommation, afin de soutenir les ouvriers face à la hausse du coût de la vie.

M. St Eloi souligne qu’ils ne sont pas en conflit direct avec les entreprises ou les contractants, mais plutôt avec l’État. En effet, il estime que ce dernier maintient un système rigide qui pénalise les travailleurs, avec la complicité de certains employeurs. Il a profité pour dénoncé la note publiée par le Conseil supérieur des salaires, qu’il juge inappropriée, estimant que cette instance n’est pas habilitée à prendre de telles décisions.

Par ailleurs, les syndicats critiquent les prélèvements effectués sur les salaires des ouvriers au profit de l’OFATMA et de l’ONA. Selon eux, ces contributions ne se traduisent pas par des services effectifs pour les travailleurs, notamment dans les structures hospitalières affiliées, en particulier dans certaines zones comme Ouanaminthe. Ils réclament ainsi la mise en place de prestations de santé réellement accessibles et fonctionnelles.

Une analyse interne et externe aurait été réalisée par les syndicats avant la formulation de leurs propositions. Pour le syndicaliste, la fermeture de certaines usines ne s’explique pas uniquement par l’insécurité, mais aussi par la mauvaise foi de certains employeurs. Ces derniers sont accusés de ne pas verser les cotisations sociales prélevées sur les salaires des ouvriers aux institutions concernées.

Selon Dominique St-Éloi, un audit réalisé par Better Work Haïti aurait révélé des cas de non-conformité chez certains employeurs. Ce rapport aurait conduit à des sanctions de la part de bailleurs internationaux, entraînant le blocage de certains contractants.

Malgré la fermeté de leurs revendications, le syndicaliste estime que les trois journées de mobilisation ont été un succès. Il invite les ouvriers à reprendre le travail, tout en restant vigilants quant à la suite des événements. Une évaluation de la situation est prévue dans les prochains jours, et de nouvelles actions pourraient être envisagées si aucune réponse satisfaisante n’est apportée par les autorités.

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